Cahier de l'IFRY
KRISHNAMURTI
(extrait du cahier d'octobre 2012)
L’essence de l’Enseignement rédigé par Krishnamurti lui-même en 1980 à la demande de sa biographe Mary Lutyens.
L’essence de l’enseignement de Krishnamurti se trouve dans sa déclaration de 1929, où il dit : « la Vérité est un pays sans chemin ». Nulle organisation, croyance, nul dogme, prêtre ou rituel, aucun savoir philosophique, aucune technique psychologique ne permet à l’homme de s’en approcher. Il doit la découvrir dans le miroir de la relation, par la compréhension du contenu de son propre esprit, par l’observation et non par l’analyse introspective ou la dissection mentale.
L’homme a édifié en lui une barrière de sécurité faite d’images - religieuses, politiques, personnelles. Elles prennent vie sous forme de symboles, d’idées et de croyances.
Le poids de ces images opprime la pensée de l’homme, ses relations, sa vie de tous les jours. Ces images sont les racines de nos problèmes, car elles séparent l’homme de l’homme. Sa perception de la vie est pétrie de concepts arrêtés d’avance. Le contenu de cette conscience est toute son existence. Ce contenu est commun à toute l’humanité.
Un individu est un nom, une forme et la culture superficielle qu’il assimile de la tradition et de son environnement. La nature unique de l’homme ne réside pas dans cet aspect superficiel, mais dans une liberté totale à l’égard du contenu de sa conscience, laquelle est commune à tous les êtres humains. Il n’est donc pas un individu.
La liberté n’est pas une réaction; la liberté n’est pas un choix. C’est la prétention de l’homme de se croire libre parce qu’il a le choix. La liberté est pure observation, non dirigée, sans crainte de punition, sans désir de récompense. La liberté n’a pas de motif; la liberté n’est pas au bout de l’évolution de l’homme, mais se tient dans le premier pas de son existence. Par l’observation, on commence à découvrir le manque de liberté. La liberté se révèle dans l’attention vigilante et sans choix que l’on porte à son existence quotidienne et à ses activités.
La pensée est temps. La pensée est née de l’expérience et du savoir, qui sont inséparables du temps et du passé. Le temps est l’ennemi psychologique de l’homme. Notre action s’appuyant sur le savoir, et donc sur le temps, l’homme est en permanence l’esclave du passé. La pensée étant toujours limitée, nous vivons constamment dans l’effort et le conflit. Il n’y a pas d’évolution psychologique.
Si l’homme perçoit le mouvement de ses propres pensées, il verra la scission entre le penseur et la pensée, l’observateur et l’observé, l’expérimentateur et l’expérience.
Il découvrira que cette scission est une illusion. Alors ne demeure que la pure observation qui est vision directe, sans aucune ombre de passé ou de temps. Cette vision pénétrante et intemporelle produit une transformation radicale et profonde dans l’esprit.
La négation totale est l’essence du réel. Quand il y a négation de toutes les choses que la pensée a produites psychologiquement, alors seulement est l’amour, qui est compassion et intelligence.
Gérard Blitz: préambule au Yoga
(extrait du cahier de Juillet 2012)
“La question que nous pouvons nous poser est de savoir pourquoi nous pratiquons le yoga. La réponse à cette question est simple. Le yoga est un moyen pour nous permettre de mieux apprécier la vie.
Ce moyen (le yoga) est concret. Clair et précis. Il n'y a aucun mystère dans cette pratique. Aucune place pour l'imagination. Nous savons qu'en faisant telle chose nous obtenons tel effet. La science moderne, celle qui est liée à la physiologie et à la neurophysiologie, confirme
ce qu'avaient deviné les grands maîtres du passé.
Essentiellement le yoga équilibre nos fonctions. Facilite la régulation et la coordination du fonctionnement extrêmement complexe du corps. C’est par l’équilibre du corps, par l’équilibre physiologique que nous créons l’équilibre psychologique et psychique qui nous font
si cruellement défaut. Voilà la raison d’être du yoga.
Il y a effectivement un secret dans le yoga. C’est celui de sa transmission. Elle est initiatique. Elle se fait d’une personne à une autre personne. La difficulté vient du fait que l’expérience est toujours différente, toujours renouvelée. Il n’y a pas deux expériences qui soient identiques. La
même personne est différente chaque jour. De plus, il ne s’agit pas au départ, d’un savoir. En yoga, le savoir naît de l’expérience. On découvre ce qui existe déjà. On développe la conscience afin de pouvoir se situer au niveau extrêmement subtil du fonctionnement du corps.
Voilà l’essentiel. L’unité (yoga) dont il est question concerne le corps et le mental. Nous sommes prisonniers des automatismes du circuit mental. De la dépendance vis à vis de la mémoire. Notre vie est programmée parce que notre cerveau est programmé. La pratique du yoga consiste à nous libérer de cette dépendance. De retrouver la liberté de la pensée et de l’action. De retrouver la créativité et l’amour. C’est à dire la disponibilité aux autres.
Il faut effacer un malentendu. On pense généralement que yoga est lié à une forme que l’on devrait s’efforcer de copier. Lorsque l’on dit « Yoga » l’image qui se présente est celle d’une personne assise, les jambes croisées et les yeux fermés. Détrompez-vous. Yoga est un état.
Voilà ce qui nous rend perplexes. Un état ne peut que s’expérimenter. Se vivre. Il ne peut pas s’apprendre. Nous ne pouvons pas le connaître en passant par la signification des mots, par la lecture, par l’accumulation du savoir. Voyez-vous maintenant en quoi le yoga est original ? En
quoi sa démarche est si particulière ?
Il ne s’agit pas non plus dans le yoga de s’isoler. Voilà encore une idée fausse. Le yoga n’est pas une science abstraite ou théorique. Ce n’est pas non plus un système. Yoga n’est pas lié à une méthode. Le yoga consiste à développer, à amplifier, à approfondir la conscience. Ce
qui est le contraire de la dispersion et de la confusion. Ce qui éclaire. Ce qui simplifie. Ce qui déconditionne. Ce qui permet de vivre la vie pleinement, d’instant en instant.
Les moyens que nous avons, répétons-le, sont simples et concrets. Exacts. Chacun peut pratiquer le yoga car le yoga se pratique à partir de chaque individu, à partir de sa personnalité, de sa morphologie. Des moyens précis sont fournis pour le lui permettre. C’est grâce à cette liberté dans la pratique, grâce à cette découverte ininterrompue que fait chaque individu, que nous trouvons tant de plaisir et de joie dans nos pratiques.
Le yoga est bon pour tout. C’est un préalable à tout. Il déconditionne, il désencombre. Il donne accès à la spontanéité, à la créativité. Il permet de recevoir. De recevoir les autres. De recevoir Dieu.
La pratique du yoga n’est pas liée particulièrement à une culture. A l’origine il était indien. Il est maintenant aussi occidental. Il devient pour nous de plus en plus occidental. Nous sommes conscients que pour juger de l’opportunité de pratiquer le yoga, nous devons raisonner à partir de ce que nous sommes.”
KRISHNAMACHARYA
(extrait du cahier d'avril 2012)
Tirumalai Krishnamacharya est né le 18 novembre 1888 dans un village de l’état de Mysore, dans le sud de l’inde. Il est né d’une famille dont les racines plongeaient dans la lignée du sage indien du 9ème siècle Nathamuni, auteur du «Yoga Rahasya» et premier enseignant de la lignée des Vaishnava gurus.
Krishnamacharya reçu ses premiers enseignements de sanscrit et de Yoga de son père, avant de devenir un élève de la « Bhramatantra Parakala Mutt » à Mysore, une des écoles brahmanes les plus connues et les plus respectées. Il rejoint l’école à l’âge de 12 ans et étudie les textes védiques, apprend les rituels védiques, tout en suivant la scolarité du « Royal College » de mysore. A l’âge de 18 ans, il part pour Bénarès, où il étudie le sanscrit, la logique et la grammaire à l’université. De retour à Mysore, il reçoit un enseignement dans la philosophie des vedantas par Sri Krishna Brahmatantra Swami, directeur de la Parakala Mutt.Puis il repart pour le nord pour étudier le Samkhya, le système philosophique le plus ancien de l’inde, celui sur lequel se fonde le Yoga.
En 1916, il voyage dans l’Himalaya, où, au pied du mont Kailash, il rencontre son professeur, Sri Ramamohan Bramachari, un Yogi qui vivait avec sa famille près du lac Manasarovar au Tibet. Krishnamacharya passa plus de 7 ans avec son professeur, qui exerça une influence considérable sur la direction qu’il prit, lui assignant la grande tâche de diffuser le message du Yoga et d’utiliser ses capacités en tant que thérapeute et guérisseur. C’est pourquoi Krishnamacharya ne se dirigea pas vers une carrière académique, mais retourna dans le sud, où il étudia l’Aruyveda, le système de soin traditionnel de l’Inde, et la philosphie du nyaya, école de logique védique.
En 1924, il retourna à Mysore ou le Maharaja, un dirigeant progressiste, lui donna la possibilité d’ouvrir une école de Yoga. Le Maharaja lui-même fût un des étudiants de Krishnamacharya les plus enthousiastes. De 1933 à 1955 Krishnamacharya enseigna le Yoga et écrivit son premier livre, « Yoga Makarandam » (secrets du Yoga). Pendant cette période, sa réputation grandit à travers le sud de l’Inde et au-delà. Les premiers étudiants occidentaux, Indra Devi parmi eux, vinrent pour étudier le Yoga dans les années 1937. B.K.S Iyengar, qui devint le beau-frère de Krishnamacharya, reçût ses premiers enseignements de ce Maître reconnu de tous.
En 1939 et 1940, Krishnamacharya reçût la visite d’une équipe médicale française qui voulait vérifier que le Yogi était capable d’arrêter volontairement les battements de son cœur; Cet examen à sensation était une démonstration plutôt gênante pour lui, lui donnant le sentiment de devoir valider le Yoga aux yeux des scientifiques sceptiques. Bientôt, l’intérêt de Krishnamacharya et son travail se tournèrent vers les pratiques de santé, utilisant l’Ayurveda et le Yoga comme moyens de guérison. Il devint de plus en plus célèbre et en 1952, et il fût convoqué à Madras pour soigner un politicien populaire qui avait eût une crise cardiaque;
Krishnamacharya s’installa finalement à Madras. En plus de ses étudiants indiens, beaucoup d’occidentaux vinrent à Madras pour étudier. Gérard Blitz, qui introduisit ces enseignements en Europe, fût un des premiers à rejoindre Krishnamacharya.
En 1976 T.K.V Desikachar, fils de Krishnamacharya, fonda le Krishnamacharya Yoga Mandiram, un établissement où le Yoga est utilisé pour soigner, et où il est enseigné aussi bien aux étudiants indiens qu’occidentaux. Sri Krishnamacharya enseigna et inspira ceux qui l’avaient rejoint jusqu’à ses derniers jours en 1989;